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Ce n’est pas britannique mais… Musique lyrique pour cor et piano


Cette exploration de la musique française et belge pour cor et piano s’ouvre sur la musique d’Eugène Bozza Sur les Cimes
(1960). Compte tenu de la date de cette pièce, il n’y a rien ici du milieu du 20e avant-garde française du siècle. On pense peut-être à Ravel et à des compositeurs comme Dutilleux et Jolivet. C’est une de ces œuvres qui ne m’attirent que par parties : il y a des moments d’une extrême beauté, et je dois l’avouer, des moments où j’ai l’impression que Bozza s’est éteint. Ici et là, un peu trop de cor de chasse imprègne cette musique. Les notes de la pochette suggèrent que cela “peut être considéré comme une symphonie alpine virtuose… une ascension à travers la beauté de la nature et des orages vers les sommets (cimes)”.

La Romance en mi majeur op.67 de Camille Saint-Saëns est achevée en 1866, mais ne sort qu’en 1885. Elle est écrite pour le corniste Henri Garigue. La Romance en fa majeur, op.36, datant de 1874 était dédiée à Henri Chaussier. Les deux ont été marqués pour le cor naturel. Malgré la virtuosité incontestable de ces légendaires instrumentistes français, les deux œuvres ne regorgent pas de prouesses techniques. En fait, ce sont des chansons sans paroles et conçues pour divertir plutôt que pour impressionner.

Paul Dukas est rappelé pour une seule œuvre : L’apprenti sorcier. Cela dit, les connaisseurs se délecteront de son opéra Ariane et Barbe-bleue, la charmante et colorée Symphonie en ut et l’accompli Sonate pour piano en mi bémol mineur. Bien que je n’aie pas entendu Dukas Villanelle pour cor et piano auparavant, je comprends qu’il est populaire auprès des solistes et du public. Il a été composé à l’origine en 1906 comme pièce d’essai pour le Conservatoire de Paris. C’était la dernière année où les cornistes devaient faire leurs preuves sur les instruments naturels et à pistons. Dukas exige que la section d’ouverture ainsi que sa récapitulation soient jouées “sans vannes”. Je ne sais pas s’il voulait dire que deux instruments différents devaient être utilisés.

J’ai pu trouver peu d’informations sur Henri Büsser Cantecor. Il s’agissait apparemment d’une pièce d’essai conçue pour le Conservatoire. C’était moins que réussi, les concurrents le faisant paraître plus difficile qu’il ne l’était, et ils n’ont souvent pas réussi à trouver la poésie ou la nature lyrique de la musique. (John Humphries, Notes de présentation, MPR 112, De la bibliothèque de Dennis Brain). Il n’y a aucun problème de performance sur ce CD. Les deux solistes présentent cela comme un duo séduisant, qui capte l’imagination. Il n’y a rien de pédant ici.

Le compositeur espagnol Blai Maria Colomer, a écrit son Fantaisie-Légende en 1904. Il explore une variété de problèmes d’articulation du cor et se spécialise dans le lyrisme onirique. Il s’agit d’une œuvre complexe qui exige clairement un niveau d’engagement extrêmement élevé de la part des deux interprètes.

Compositeur, pédagogue et musicologue, Charles Koechlin fut l’élève de Gabriel Fauré, ami de Maurice Ravel et professeur de Darius Milhaud et Francis Poulenc. En tant que tel, il était une figure majeure qui enjambait plus de 20e œuvre musicale française du siècle : il était une figure très aimée et vénérée. Diverses émotions sont explorées dans sa Sonate pour cor, op.70, écrite par intermittence, entre 1918 et 1925 : des murmures impressionnistes de la forêt à la poursuite du chasseur et aux soi-disant échos de la mer dans le finale. C’est mélodiquement curieux et harmoniquement vibrant d’un bout à l’autre. La Sonate est ici interprétée de manière satisfaisante.

Tout aussi importante est la Sonate op.7 de la compositrice belge Jane Vignery. Elle fut achevée en 1942. Malgré certains clins d’œil à l’impressionnisme dans le mouvement d’ouverture et à Francis Poulenc dans le finale, il s’agit d’une composition tout à fait originale. Le mouvement lent est une chanson bien énoncée quoique quelque peu mélancolique en trois parties. Le finale est un rondo léger, avec diverses tournures de phrases amusantes. Le piano est un partenaire égal tout au long, avec une contribution extrêmement multiforme et impliquée.

Les notes de pochette donnent une introduction de base à cette musique. Bien sûr, il y a un bref essai sur les deux systèmes rivaux d’intonation du cor – naturel et valve. Les détails des interprètes sont inclus. Le commentaire de chaque pièce est minime. Enfin, aucune date d’enregistrement n’est donnée.

Les performances ici ont énormément à les recommander, et cela est soutenu par un excellent enregistrement. Ma suggestion est d’explorer ce CD lentement. Trop de klaxon peut devenir un peu fatiguant, sauf pour les plus enthousiastes. C’est une découverte enrichissante d’une variété d’œuvres intéressantes, qui devraient être dans le répertoire de tous les cornistes.

Tracklist :
Eugène Bozza (1905-91)

Sur les Cimes (1960)
Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Romance en mi majeur, op.67 (1866)
Paul Dukas (1865-1935)
Villanelle (1906)
Camille Saint-Saëns
Romance en fa majeur, op.36 (1874)
Jeanne Vignery (1913-74)
Sonate, op.7 (1942)
Blai Maria Colomer (1840-1917)
Fantaisie-Légende (1904)
Paul Henri Busser (1872-1973)
Cantecor (1926)
Charles Koechlin (1867-1950)
Sonate pour cor, op.70 (1918-25)
Claudio Flückiger (cor et cor naturel), Galya Kolarova (piano)
rec.? Opéra royal du Danemark, Copenhague
DANACORD DACOCD 909